Histoire de la bataille de Bouvines

Les historiens le disent, les dictionnaires le rappellent : la victoire de Bouvines est l’un des événements fondateurs de la nation française. Outre que de tracer les contours actuels de la France, cette victoire a également vu naître une conscience nationale car, pour la première fois dans notre histoire, des communes ont levé des troupes au service d’un roi, pour défendre le royaume.

Le contexte

En 1214, Philippe Auguste, combat depuis 35 ans le clan Plantagenêt : Henri II, puis son fils Richard Cœur de Lion et, depuis 1199, Jean sans Terre, frère du précédent. La raison de cette guerre tient à l’influence continentale des monarques anglais, conquise depuis  Guillaume le Conquérant. Ils exercent, ainsi, leur autorité sur un territoire équivalant à 35 de nos départements. Une situation politique inacceptable pour le Capétien, qui n’aura de cesse de reconquérir les territoires perdus.

La campagne

Soucieux d’en finir avec Philippe Auguste, Jean sans Terre forme, en 1213, une coalition avec son neveu, l’empereur germanique Otton IV. S’y associent les ducs de Brabant et de Lorraine, les comtes de Flandre, de Boulogne et de Frise. En février 1214, Jean sans Terre débarque à la Rochelle avec 15.000 soldats et remonte vers Paris. Son but : attirer le roi au sud, pour permettre à  l’empereur d’attaquer par le nord. Mais Philippe Auguste apprend que l’empereur Otton stationne à Valenciennes et s’apprête à attaquer la France par le nord : il s’arrête à Châtellerault et décide de scinder son armée en deux. Lui-même gagne Péronne (en Picardie) et lance un appel aux volontaires communaux, tandis que son fils, Louis, demeure sur la Loire, pour interdire au Plantagenêt l’accès à Paris.

La stratégie capétienne

Sachant son ost trois fois inférieur en nombre, Philippe Auguste décide d’attaquer l’empereur par surprise, en contournant son armée par le Hainaut belge. Hélas pour lui, Otton déjoue son plan et gagne Mortagne, à mi-chemin entre Tournai et Valenciennes. Après des débats houleux au sein de son conseil, le Capétien décide, alors, de repasser le pont de Bouvines, pour aller chercher en Hainaut un lieu de bataille plus favorable.

En réalité, il suit secrètement le plan que lui a suggéré le commandant de la place de Sainghin-en-Mélantois, Girard Scrophe (surnommé la Truie, par référence à l’équivalent latin de son patronyme : scrofa). Ce plan consiste à simuler un départ dans la panique, pour attirer la coalition sur le plateau de Cysoing. Ce dernier, de trois kilomètres de large, est bordé d’un marais et d’une forêt, interdisant à une armée trois fois supérieure en nombre de se déployer pour tenter un encerclement.

Le matin de la bataille

Le dimanche 27 juillet 1214, dès l’aube, l’armée capétienne quitte précipitamment Tournai. Seul le Frère Guérin, premier ministre et chef de guerre de Philippe Auguste, gagne la Longue Saule, une hauteur entre Tournai et Mortagne, accompagné de quelques hommes sûrs. Il ne croit pas à une attaque ce jour, car dimanche est jour sacré. Quelle n’est donc pas sa surprise lorsqu’il voit poindre à l’horizon des centaines, puis des milliers de soldats en armes, avançant bannières déployées (signe d’une volonté d’affrontement).

Le midi du dimanche 27 juillet 1214

Averti de l’arrivée d’Otton, mais non encore certain de ses intentions (attaque-t-il ou se rapproche-t-il, en attendant le lundi ?), Philippe Auguste s’arrête aux abords du pont de Bouvines, sans le traverser. Assis au pied d’un frêne, il dîne d’un morceau de pain, trempé dans du vin, quand surgit soudain, de l’arrière, Girard la Truie.

Ce dernier annonce au souverain que l’arrière-garde a été attaquée à cinq reprises. Persuadé, cette fois, que la bataille est pour ce jour, Philippe, suivi des siens pénètre dans la chapelle de Bouvines et implore la protection de Dieu. Puis, les oraisons terminées, tous se mettent en selle et se portent au secours de l’arrière-garde. Les milices communales, campant au hameau de l’Hôtellerie, près de Fretin, retraversent précipitamment le pont pour rejoindre la chevalerie.

La bataille

La bataille ne dure que le temps d’une après-midi. Et, bien que l’armée capétienne soit sensiblement inférieure en nombre, (un contre trois, selon le chapelain du roi Guillaume le Breton), le plan fonctionne parfaitement. La coalition ne peut opérer d’encerclement car le plateau d’une largeur de trois kilomètres est bordé d’une forêt du côté de Gruson et de marécages du côté de Cysoing.

Profitant d’une erreur tactique de la coalition, le comte de Saint-Pol parvient à traverser les rangs des chevaliers flamands et prend ces derniers à revers. Le flanc gauche de l’empereur décimé,  la chevalerie capétienne prend un avantage décisif et finit par l’emporter. L’empereur s’enfuit et les comtes de Salisbury, de Boulogne et de Flandre sont faits prisonniers.

Epilogue.

Philippe Auguste meurt le 14 juillet 1223 à Mantes, à l’âge de 58 ans, après 43 ans de règne… l’un des plus longs de la monarchie française. Avec la victoire de Bouvines, il trace les contours actuels de nos frontières, l’est excepté.

De retour en Allemagne, l’empereur Otton IV abdique au profit de Frédéric de Hohenstaufen. La veille de sa mort, le 15 mai 1218, il se fait flageller par des prêtres, tandis qu’il chante « Misere méi domine ».

Après ce cuisant échec, Jean sans Terre se voit contraint de signer, le 17 juin 1215, un document appelé Grande Charte. Par ce document, il accepte de soumettre préalablement toutes ses décisions à un conseil de vingt-cinq barons. Lui qui prétendait gouverner l’Europe avec son neveu Otton, meurt le 19 octobre 1216 … en s’étranglant avec un noyau de pêche.

L’ami d’enfance de Philippe Auguste, Renaud de Dammartin comte de Boulogne, est enfermé dans la tour de Péronne, chargé de doubles chaînes reliées à un gros billot de bois et gardé par seize chevalier. Transféré, par la suite, au Goulet en Normandie, il y demeure jusqu’en 1227, année au cours de laquelle il met un terme à son existence.

Cette même année 1227 voit la libération du comte de Flandre Ferdinand de Portugal, dit Ferrand. Il aura fallu attendre la mort de Philippe Auguste et celle de son fils et successeur Louis pour que Jeanne de Flandre l’obtienne.  Il décède à Douai, en 1233, sans postérité.

 

© Alain STRECK – Auteur de J’étais à Bouvines (L’Harmattan, 1998 et nouvelle édition en 2014 – ouvrage 2 fois récompensé) et co-auteur de Bouvines, une bataille aux portes de Lille (La Voix du Nord éditions, 2014)